Inland, par Vanessa Wagner

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Inland

Vanessa Wagner

parution le 26 avril 2019

chez In Finé

 

A l’écoute :          sur la chaine YouTube de Vanessa Wagner

On entre dans Inland comme on explore un paysage intérieur, une nature libre, frémissante et sensible.
Chaque note est un pas, chaque son trace un chemin. Le piano de Vanessa Wagner nous transporte sur une île, au milieu des nuages, dans une forêt crépusculaire, un désert blanc, le long des rivières qui ruissellent et s’affolent, sur le crâne d’une montagne aux couleurs fauves, dans des villes de verre, chaotiques et fragiles.
Inland déploie des mondes sensibles, sur les touches d’un piano à la fois contemplatif et incandescent. Vanessa Wagner s’est toujours aventurée hors-champ pour faire jaillir une musique qui ne soit pas seulement pour les oreilles, mais pour tout ce qu’il se passe  autour et dedans. Comme une ancienne amie qui lui tient la main depuis l’enfance, une profonde mélancolie accompagne ses états intérieurs, jusque dans ses choix, la souplesse de son jeu et les murmures de son touché. Vanessa Wagner navigue avec son piano sur des eaux intranquilles.

Ce nouvel album s’appelle Inland et ce titre nous renvoie à la pièce de John Cage Imaginary Landscape (1939), une des premières oeuvres qui utilise des dispositifs électroniques. Quand Cage écrit son manifeste The Future of Music à la fin des années 30, il sait déjà que la greffe entre les musiques écrites et les musiques électroniques donnera naissance à des fruits exquis. Dans le sillage de Cage, le piano de Vanessa Wagner voguera sur le fleuve impressionniste de Debussy autant que sur les ondes magnétiques d’Autechre. En 2016, avec le producteur Murcof, Vanessa Wagner crée l’élégant Satea pour le label Infiné. Elle au piano, lui aux machines, ils réinterprètent les pièces des pères du minimalisme, Arvo Pärt, Phlip Glass, Morton Feldman, Erik Satie ou John Cage…

Inland est l’évadé solitaire de l’expérience Statea. Un piano intérieur, qui résonne dans la maison de Vanessa Wagner et ouvre les portes sur des oeuvres souvent inconnues. Ici, elle a trouvé des partitions rares ou inédites qui écartent les murs, élargissent le temps. Là, les sons existent pour eux-mêmes et les silences prennent vie. Dans la foisonnante carrière de Vanessa Wagner, Inland est un nouvel espace, intime, onirique. Il est le fruit de sa maturité et d’une nouvelle temporalité qu’elle explore ; une conversation secrète entre sa spiritualité et la connexion profonde qu’elle entretient avec la nature, le vivant, les éléments. Les compositeurs sont français, belges, américains, allemands, lettons et s’inscrivent dans le courant minimal qui s’imprime comme une seconde peau sur le toucher de Vanessa. Treize pièces, épurées comme des monochromes, qui nous offrent une palette sonore d’une densité infinie. Faire plus avec moins, et soudain les longues harmonies libèrent des prismes multicolores, les broderies miniatures débordent et bouillonnent, soupirs et respirations charrient un chant syncopé ou retenu. Inland
est une terre promise à l’ambivalence des sentiments. Un pays où les ombres  inquiétantes s’ornent d’enluminures. Un état étrange et fluide, entre deux eaux claires et troubles. Ce nouvel album se déplie comme une carte sonore. On part à l’aventure et on grimpe dans un train imaginaire qui traverse des steppes isolées, on tangue sur une mer instable, on file au rythme d’une horde de bêtes à cornes qui poursuit sa course dans une plaine désolée, on arrête tout pour faire un pas de danse au milieu du quartier, on se fait des films romantiques sur un piano de salon.

Le voyage commence avec la vision de l’iconoclaste Moondog qui claudique sur une ritournelle pudique et se poursuit avec Louella de la compositrice française Emilie Levienaise-Farrouch, comme une caresse volatile. Sur le chemin, on croise des figures familières comme celle de Philip Glass et on redécouvre The Heart Asks Pleasure First de Michael Nyman, pièce culte transfigurée sous ses doigts, tout en douceur et sensualité. Aux pieds de la source, le compositeur allemand Han Otte manie les fluides pour mieux nous enivrer. A l’horizon, l’incontournable Meredith Monk nous attire dans ses cercles hypnotiques. C’est une odyssée, un rêve truffé de personnages qui nous guident vers des territoires sans limite avec Bryce Dessner. William Susman brouille les pistes sous les brumes harmoniques et les rythmes sourds de Quiet Rythms. Tout au bout, une nature blanche et silencieuse. C’est là que le compositeur letton Peteris Vasks nous invite à une écoute totale des silences suspendus.
Quand le disque est terminé, l’esprit d’Inland continue de tournoyer en nous, dans les nuées d’onirisme et de nostalgie qui émanent du piano de Vanessa Wagner.

 

 

 

Tracklist

1. Moondog – Für Fritz
2. Emilie Levienaise-Farrouch – Louella
3. Bryce Dessner – Ornament, part 1
4. Bryce Dessner – Ornament, part 2
5. Philip Glass – Etude n°9
6. William Susman – Quiet Rhythms: Prologue and Action n°9
7. Meredith Monk – Railroad (Travel Song)
8. Michael Nyman – The Heart Asks Pleasure First
9. Hans Otte – The Book of Sounds, part 2
10. Nico Muhly – Hudson Cycle
11. Gavin Bryars – Ramble On Cortona
12. MoonDog – Elf Dance
13. Wim Mertens – Struggle
14. Pēteris Vasks – Baltā ainava


Retrouvez  l’album sur Bandcamp – disponible en Vinyl / CD / Digital